Entretien de l'enfant en Suisse — comment le calcul est fait
La Suisse n'a pas de barème. Le montant se construit à partir de vos charges réelles, selon une méthode fixée par le Tribunal fédéral — et une part du calcul dépend de votre canton et de votre commune. Cette page explique la méthode, et dit clairement ce qu'elle ne peut pas chiffrer à votre place.
Pourquoi il n'y a pas de calculateur sur cette page. Contrairement au Québec, qui publie une table officielle, la Suisse ne dispose d'aucun barème légal contraignant. Le calcul repose sur vos charges réelles et sur l'appréciation du juge. Surtout, la charge fiscale — fédérale, cantonale et communale — fait partie intégrante de la méthode selon le Tribunal fédéral, et elle varie d'une commune à l'autre. Un outil qui afficherait « votre » montant en francs donnerait une certitude que le droit suisse n'offre pas. Nous préférons vous donner la méthode, et vous dire où s'arrête ce que nous pouvons affirmer.
Le cadre juridique
Depuis 2021, le Tribunal fédéral impose une méthode unique à toute la Suisse, dite méthode en deux étapes avec répartition de l'excédent. Elle a été posée par l'arrêt ATF 147 III 265, puis précisée notamment par l' ATF 149 III 441. Avant ces arrêts, les cantons appliquaient des méthodes différentes ; ce n'est plus le cas pour la méthode elle-même.
En procédure, l'article 301a du Code de procédure civile impose de produire un tableau de l'entretien convenable de l'enfant. C'est ce tableau, et non une formule abstraite, qui sert de base à la décision.
La méthode, étape par étape
Le minimum vital du droit des poursuites
On établit d'abord, pour chaque parent et chaque enfant, ce qu'il faut pour vivre : un montant de base, le loyer réel s'il est raisonnable, les primes d'assurance maladie obligatoire, les frais de garde et de scolarité, les frais médicaux particuliers.
On y confronte les ressources : salaire net, treizième, bonus — lissés sur environ trois ans s'ils sont irréguliers —, revenus de la fortune, allocations familiales. Un revenu peut être imputé à un parent qui ne travaille pas autant qu'il le pourrait. Si le minimum vital du parent débiteur n'est pas couvert, aucune contribution ne peut être fixée à ce stade : son minimum vital est protégé.
Le minimum vital élargi, puis le partage de l'excédent
Si les moyens le permettent, on élargit ce minimum : impôts, assurances complémentaires, frais de communication, frais professionnels, frais liés à l'exercice du droit de visite, et une part de prévoyance.
Ce qui reste une fois tous ces minimums couverts s'appelle l'excédent. Il se partage selon la règle dite des grandes et petites têtes : chaque parent concerné compte pour deux parts, chaque enfant mineur pour une part.
L'ATF 149 III 441 a apporté une précision qui change le résultat : lorsque les parents ne sont pas mariés et que le parent débiteur n'a pas la garde, le parent gardien ne reçoit pas de « grande tête » dans ce partage — seuls le débiteur et le ou les enfants se répartissent l'excédent.
Les montants de base du minimum vital
Ces montants proviennent des directives de la Conférence des préposés aux poursuites et faillites de Suisse. Ce sont des valeurs de référence intercantonales, pas une loi fédérale : plusieurs cantons les reprennent telles quelles, d'autres appliquent des montants différents.
| Personne seule | 1 200 CHF / mois |
| Parent seul avec enfant(s) | 1 350 CHF / mois |
| Couple | 1 700 CHF / mois |
| Enfant de moins de 10 ans | 400 CHF / mois |
| Enfant de 10 ans et plus | 600 CHF / mois |
Ces valeurs ont été retrouvées identiques sur deux arrêtés cantonaux officiels indépendants en vigueur en 2026 (Fribourg et Genève). Cette concordance ne préjuge pas des 24 autres cantons : vérifiez le barème du vôtre.
Ce qui dépend de votre canton — à confirmer auprès de lui
Nous laissons ces cases délibérément vides plutôt que d'y mettre une valeur qui serait fausse pour la plupart des lecteurs.
Sur les calculateurs que vous trouverez en ligne
Nous n'avons trouvé aucun calculateur officiel d'entretien de l'enfant en Suisse, ni fédéral ni cantonal. Les outils disponibles en ligne émanent d'études d'avocats ou de plateformes privées. Ils peuvent être utiles, mais aucun n'a de valeur officielle, et celui que nous avons examiné n'avertit même pas que le résultat varie selon le canton. Si vous en utilisez un, traitez son résultat comme un ordre de grandeur, jamais comme une référence.
- Il n'existe aucun barème légal contraignant en Suisse : cette page décrit une méthode, elle ne fixe rien.
- Le tribunal conserve un large pouvoir d'appréciation.
- Le minimum vital du parent débiteur est protégé : on ne peut pas fixer une contribution qui l'entame.
- Pour un calcul opposable, adressez-vous à un avocat ou à l'office cantonal compétent.
Sources
- ATF 147 III 265 — méthode en deux étapes avec répartition de l'excédent, arrêt du Tribunal fédéral (consultable sur bger.ch)
- ATF 149 III 441 — précision sur la répartition de l'excédent lorsque les parents ne sont pas mariés
- Article 301a du Code de procédure civile — tableau de l'entretien convenable de l'enfant
- Montants de base — directives de la Conférence des préposés aux poursuites et faillites de Suisse, recoupées sur les arrêtés 2026 de Fribourg et de Genève
Sources consultées le 7 septembre 2026. Les arrêts du Tribunal fédéral ont été lus via des résumés de jurisprudence spécialisés ; pour un usage juridique, référez-vous au texte intégral sur bger.ch.